Chapitre VIII (Partie I)
Un mois, quatre semaines et quelques jours que Kassian et Kris se fréquentaient. Peut-être pas encore fous amoureux, mais chez les deux adolescents se lisaient un désir pour l’autre. Cela allait également faire tout ce temps que Kate passait le moins de temps possible à l’appartement, préférant éviter la stupide liaison qu’entretenaient les jeunes gens. Il ne rentrait que pour prendre du repos, à des heures où il était sûr que personne ne squatterait les lieux.
Ce soir-là, Miko, Andrea et Jelski étaient présents. C’était la première fois en moins d’un an qu’ils pouvaient, enfin, se retrouver ensemble comme au bon vieux temps. Sauf qu’il manquait une seule et unique personne à la petite fête…
Tous les quatre étaient assis à terre, sur le sol recouvert d’un nouveau tapis, au salon. Les trois aînés jouaient au poker, tandis que Kassia se permettait d’aller chez l’un et l’autre pour voir leur carte.
- Kassia, j’te jure que si t’aides Miko à gagner, ça va mal s’passer pour toi ! S’énerva Andreï qui n’acceptait pas ses défaites.
- Comment t’es un mauvais joueur ou quoiii ! Se moquait gentiment Jelski, qui lui vola un baiser.
Le silence retomba à nouveau quand ce fut au tour du perdant de tirer.
- Kassian… Va nous chercher des bières s’te plait… Murmura-t-il, toujours concentré.
Malgré l’heure tardive, l’ukrainien se résigna à exécuter les ordres du chef, qui ne cherchait qu’à se débarasser de lui. Toutefois, râleur, il lâcha avec amusement, avant de refermer la porte derrière lui :
- C’pas parc’que j’me casse que t’auras plus de chance, boulet !
Descendant les escaliers à pas de course, l’adolescent put entendre « EH BAH SI PARCE QUE TOI TU PORTES MALHEURE ! ». Le sourire aux lèvres, il traita son abruti de frère de tous les noms et sortit hâtivement de l’immeuble. Resserrant sa veste sur sa peau, il jura contre l’air froid qui pesait dans l’atmosphère. Le ciel grisâtre et nuageux aurait pu le démotiver à faire tout le chemin pour des conneries de canettes de bière, mais il était, étrangement, tellement de bonne humeur que rien ne pourrait l’arrêter dans sa démarche.
Avant d’entrer dans le petit magasin miteux, il compta ses quelques pièces. Oh bien sûr, voler n’était pas un problème, mais quand il avait les sous sur lui, il préférait cette méthode plus honnête…
Quand il franchit la porte, le vendeur, qui était assis derrière son comptoir, lui jeta un regard suspect avant de rabaisser les yeux et de retourner à ses occupations. Kassian n’y fit pas attention, et se dirigea dans les rayons alcoolisés, cherchant des yeux la marque préférée de ses aînés. Il n’avait sur lui qu’un euro et quelques cents, ce qui ne suffirait qu’à deux canettes. Cachant quatre bières sous sa veste, il en garda deux autres dans ses mains, histoire de ne pas trop attirer les soupçons.
Il paya sans difficulté et, au moment de sortir, la voix ironique et grave du vendeur retentit à ses oreilles telle une alerte.
- C’est ok pour cette fois, mais n’prends pas trop cette habitude.
Kassian nia son avertissement, et continua tranquillement son chemin. Décidément, lui qui croyait qu’il passait aussi inaperçu que Miko, il se trompait royalement…
Sur le chemin du retour, il eut la surprise de voir Kate qui « attendait » en bas de l’immeuble. Les bras chargés d’alcool, l’aîné le fixa d’un air hautain, haussant un sourcil.
- Ce… C’est pas pour moi ! C’est pour Andrea et les au…
- J’en ai rien à foutre, je t’ai rien demandé. Contente-toi de faire la chienne, ça te va tellement bien.
La voix froide et le ton brusque du russe eurent l’effet d’un coup de poignard dans le cœur du jeune gamin. Il serra les dents pour éviter de ne rien dire de regrettable. Finalement, baissant les yeux, il décida d’être plus intelligent que Kate, et disparut dans le couloir du hall sans rien ajouter.
Arrivé à l’appart’, il déposa lentement les achats sur le sol.
- C’est normal que Kate soit en bas ? Questionna l’adolescent.
- Euh… Nan, Affirma Miko.
- Si si, c’est normal ! Il voulait m’parler. J’reviens, continuer sans moi, Lâcha simplement Andreï qui se leva pour quitter le salon.
Une fois celui-ci partit, Kassian s’assit à sa place et jugea de son regard fouineur l’attitude de ses frères. Miko regardait ses pieds en se grattant le crâne, tandis que Jelski faisait mine de prendre une des canettes.
- J’sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression qu’on m’cache un truc… Marmonna Kassia d’un mauvais ton.
- Hein ? Quoi ?
- Oh ça va Miko, je suis pas bête ! De quoi vont-ils causer ?!
- C’pas des trucs de goss, Rétorqua le lituanien.
L’ukrainien émit un long et dur soupir, qui exaspéra les deux vieux.
- Vous allez vraiment rien m’dire ? C’est dégueulasse ! J’fais parti d’vous, merde, on est pas censé se cacher des choses ! Vous faites chier !
Il s’enferma dans leur chambre, et fit y les cent pas, écoeuré par leur comportement. « C’pas des trucs de goss ». L’excuse pourrie, minable, insensée, naze ! Il shoota dans un coussin, qui atterri en plein vol sur le mur voisin.
Il avait soudainement envie de la présence de Kristian. Au cours des semaines qui s’étaient écoulées, il avait eu bien tord au sujet de son compagnon. Toutes les fois où il avait pensé qu’il était comme Cameron, il avait eu faux… Kris avait un cœur énorme. Il était sentimental, romantique, sensible et généreux. Sauf qu’il cachait toutes ses qualités, et qu’il se forgeait une insupportable carapace à la Came, exposant des défauts qui n’étaient pas siens.
Sur son matelas inconfortable, il ferma les yeux, et s’endormit petit à petit…
Plus tard, trois coups furent donnés à la porte. Kassian, qui « dormait », ne prenait pas la peine de répondre. Et puis de toute manière, il savait qu’il s’agissait de Miko ; Il n’y avait que lui qui prenait la peine de toquer…
Celui-ci s’approcha du corps qu’il croyait endormi. Puis, bizarrement, chose que le polonais ne faisait jamais, il se coucha maladroitement aux côtés de l’ukrainien. L’adolescent eut le cœur qui rebondit lorsqu’un bras chaleureux le resserra contre un torse nu.
… Et Miko ne dormait jamais sans vêtement…
Une main agrippa la sienne. Kassia n’osait pas ouvrir les yeux. S’il le faisait, il verrait à qui appartenait ses douces mains… Et il ne voulait pas y croire…
Quand il ouvrit ses paupières, la lumière du soleil avait déjà envahi la pièce. Il n’y avait personne d’autre que lui. Tous les autres semblaient déjà s’être réveillés… Mais hier soir ? Etait-ce un rêve qu’il avait cru réel, tellement l’envie qu’il se produise le dévore… ? Il abandonna ses pensées, et se leva tel un zombi plus mort que vivant, et sortit en trombe de la chambre. Il découvrit Jelski et Andrea dans la fameuse pièce interdite, Miko qui s’empiffrait de sandwich et porno lesbien, et Kate qui griffouillait dieu seul savait quoi sur des sortes de parchemins à trois cents.
Il décida de rejoindre le polonais, s’emparant du pain qui lui était destiné.
- Alors ? Tu fais toujours la gueule ? S’inquiéta Miko.
L’adolescent ne répondant pas, le polonais eut la confirmation silencieuse à sa question.
- Tu sais… Il y des choses qu’on ne doit pas dire… Et qu..
- Bah y a blindé d’truc que vous me cachez, alors. Mais bon, rien à branler. J’vous dirais plus rien non plus, c’est simple, Rétorqua-t-il sèchement.
L’aîné soupira et tapota l’épaule de son frangin, tournant la page de son magazine. Kassian l’observa longuement, et s’approcha de son oreille, demandant à voix basse :
- Dis… Hier soir… Quelqu’un est entré dans la chambre ?
- Bah j’en sais rien… Pourquoi ?
- Comment ça t’en sais rien ?!
- J’étais concentré au poker, mec ! Se vexa le blond.
Bah voyons.
Et Kassian parierait que c’était encore un truc qu’ils lui cachaient. Ils étaient tous pitoyables ! Il se redressa, et contempla Kate. Celui-ci avait beau être le plus désagréable des humains, le plus froid et le plus distant, il était terriblement attiré par lui… Et, en retour, tout ce qu’il recevait, c’était une indifférence monumentale à son égard. Kate se foutait de lui et sa gueule de mioche, c’était évident…
L’ukrainien observait discrètement les mèches argentées qui cachaient ses prunelles sombres. Un crayon à la main, le russe semblait plongé dans son occupation. Mâchant son sandwich au curry, il se demandait bien qu’était la passion de Kate. Sans doute qu’un gars aussi excentrique et solitaire que lui était attiré par ce qui était discret et généralement apprécié.
Désolée de devoir couper le chapitre, mais il était trop long =)



備考