Chapitre VII
- Déjà rentré ? S’étonna Miko, qui nettoyait un minimum la maison.
Kassian ne répondit pas, et se dirigea directement vers leur chambre. Une fois à l’intérieur, il poussa un juron, et jeta tous ses vêtements à terre, restant en boxer. Il s’effondra sur son matelas, et ferma les yeux, songeur aux derniers évènements. Il devait bien se l’avouer, Kristian l’avait totalement perturbé…
« T’as beau haïr Cameron, je ne suis pas comme lui. Bonne soirée, Kassian. »
Mais bon sang ! Pourquoi a-t-il prononcé ces mots ?! Il ne pouvait pas tout simplement se taire ? Cela aurait évité à Kassia les bombardements de questions qui bataillaient dans sa tête. De longs soupirs résonnèrent dans la pièce obscure, reflétant sa légère angoisse et sa colère.
Le polonais fit irruption, le dérangeant dans sa méditation.
- Hey Kassia, Cameron m’attend en bas, j’dois donc y aller.
- Mais oui, c’est ça, vas-y, de toute façon j’ai l’habitude de rester seul, n’est-ce pas ?! Ironisa l’adolescent, furieux.
Sortant de la pièce, Miko répondit « Je n’ai pas le choix » d’un air las. De là où il était, l’ukrainien pouvait distinguer son aîné qui enfilait ses fameuses gants. Il ne put s’empêcher de culpabiliser.
Le silence revint quand la porte claqua.
Croyant qu’il devrait encore tuer le temps pour ne pas souffrir de l’absence de ses frères, Kassian se positionna pour dormir… Mais des coups donnés à la porte le firent sursauter. Qui était-ce ? Ce n’était pas normal, personne ne venait jamais ici, et surtout pas pour lui ! Peut-être n’était-ce que Miko qui avait du oublier quelque chose ? Pourtant, un coup de pied donné à l’entrée suffirait à ouvrir cette maudite porte.
Il se leva, fatigué mais curieux malgré tout.
- C’est qui ? Interrogea-t-il bêtement.
- J’ai suivi Came. C’est moi, Kris.
Il ne saurait dire pourquoi, mais durant une fraction de secondes, il fut terriblement content que celui-ci l’ait rejoint dans sa solitude… Cependant, il doutait.
- Et pourquoi venir à une heure pareille ? S’emporta Kassia.
- Il est que 21h00, tu rigoles, j’espère ! Se moqua Kris.
Kassian réprima un sourire également, pensant que parfois, il passait vraiment trop pour un con.
- Et qu’est-ce que tu veux ?
- C’quoi c’t’interrogatoire, là ? Soupira le cousin.
- Bah j’en sais rien… Ca fait genre « Pour voir Kassian, il faut réserver une semaine à l’avance »…
Derrière la porte, l’ukrainien entendit le son chaleureux de Kristian qui explosait de rire.
- Effectivement, ça le fait grave ! Allez, ouvre, maintenant ! Insista l’ado.
- Qui me dit que je dois te faire confiance ? Taquina-t-il.
Un long soupir céda à ses tympans. Le grand Kristian semblait perdre patience. Voilà qui était très intéressant ! La main sur le poignet de la porte, Kassian jubilait de la torture qu’il faisait subir à son ami. Enfin, ami… Une façon de parler. Il ne s’aimait pas, mais ne se détestait pas non plus. Il n’hésitait pas à le faire entrer. Il souhaitait juste s’amuser.
- Kassia ?
- Oui ?
- J’me les gèle, là, Avertit-il.
- Tu veux qu’je t’les réchauffe ? Rétorqua ironiquement le second adolescent.
- C’est une proposition très plaisante, tu sais.
Un silence suivit cette phrase. Il ne sut pas comment cela se faisait, mais Kassian trouvait que le ton qu’avait emprunté Kris pour ces mots semblaient un peu trop sérieux à son goût.
- Kris ?
- Quoi, bordel ?
- Je sais que tu me dragues, Riposta Kassia.
Un rire sonore jaillit des murs humides.
- C’est si flagrant que ça ? Demanda le cousin.
- Ouais..
- Et alors ?
Oui, c’est vrai, pensa Kassian, Et alors ?
- Alors ? Tu te décides ? S’impatienta Kristian.
La poignée se baissa, et le visage gracile du jeune homme apparut aux yeux septiques du plus petit. Le regard qu’ils échangèrent dans cette fraction de seconde faisait battre plus vite le cœur de Kris.
- Enfin ! S’exclama celui-ci pour tuer leur mutisme, T’sais que faire attendre comme ça un invité, ça s’fait pas ?
- J’te rappelle que tu t’es invité tout seul… Ronchonna l’ukrainien.
- … En effet.
Kassian se dégagea du passage, et laissa entrer le punk.
- Qu’est-ce que tu veux ? Insista le plus jeune.
- T’aurais pas un truc à bouffer ? Demanda le sans-gêne en détaillant le corps de Kassian, vêtu que d’un simple boxer.
Celui-ci dévisagea également le cousin, remarquant son poids d’anorexique et ses cernes bleuâtres sous les yeux. L’air de rien, tous ses défauts faisaient le charme de Kristian.
- On a rien à bouffer, ici, Répliqua l’interpellé.
- On sort manger, alors ?
- …
- Bah quoi ! Me dit pas qu’un McDo te tente pas !
Kassian hocha négativement la tête. Il ne souhaitait vraiment pas sortir après le sale moment passé avec cet abruti de Kate. Ce con fini, cet espèce d’idiot, d’infâme créature, de… L’ukrainien inspira et expira profondément plutôt que de continuer à insulter mentalement cet… Homme. Kris l’observait, la tête légèrement penchée vers la droite, signe qu’il ne comprenait rien à son comportement étrange.
- Bon.. On fait quoi, alors ? Quémanda le joli cousin.
- Comment ça, on fait quoi ? Déjà, tu vas dégager d’ici, nan mais oh, tu crois que ça s’fait de v’nir chier comme ça chez les g.. Kris... Kris ?! Tu m’écoutes même pas quand je cause, putain ! S’énerva Kassian en voyant l’intrus pénétrer dans leur chambre.
Il le suivit à la hâte afin de directement le chasser de cette pièce. Il n’avait rien à faire là-dedans ! Mais alors qu’il s’y précipita, il repéra Kristian qui fouillait dans le sac de Kate.
- Non mais.. NAN MAIS CA VA PAS ?! Hurla le gamin, choqué par le comportement de son pseudo invité.
- Hey mais gueule pas !
- MAIS POURQUOI TU FOUILLES DANS SON SAC ?!
- Bah… Ordre de Cameron… Lâcha-t-il.
- NAN MAIS TU TE FOUS DE MOI OU QUOI ?! T’arrêtes ça tout d’suite !
Kassian poussa le maudit cousin, et agrippa le sac du russe comme s’il s’agissait de sa vie. Il arracha des mains le cahier que tenait Kris en main, et le remit là où il devait être. Une feuille en tomba, dont Kristian s’empara rapidement.
- Héééhéhéhé… C’est une chiotte, votre cinquième frérôt ! Se moqua-t-il.
Sans lui laisser poser des questions, il continua :
- R’garde-moi ça. Votre Kate joue d’un instrument ! Il manquait plus que ça ! Un drogué qui joue d’un instrument ! HAHA j’te jure ça c’est excellent !
- Qu’est-ce qu’il y a de drôle à ça, espèce de con ? Répliqua sèchement le slave, défendant le parti de son beau russe.
- Bah…
D’un silence mécontent, Kassia rangea le sac à sa place, essayant de le mettre de façon à ce que personne ne remarque qu’il ait bougé. Tous les deux étaient assis sur le matelas du russe, savourant difficilement le mutisme de l’autre. Kris regrettait déjà son attitude. Il voyait qu’il avait, d’une façon, blessé le garçon qui l’intéressait de plus en plus chaque jour.
- Je suis désolée… Se reprit-il.
- C’est dans ces moments-là que je te déteste. C’est là que tu ressembles à Cameron.
Kristian encaissa mal le coup. Se couchant sur ce qui est censé être un lit, il tourna le dos à l’ukrainien. Celui-ci l’observa du coin de l’œil, et déclara d’une voix basse mais parfaitement audible :
- Avoue que tu n’es ni venu pour la bouffe, ni pour fouiller le sac de Kate sous les ordres de Came…
Le finlandais soupira un « Mh » en signe de réponse. Ce qui voulait dire que Kassian visait juste… Celui-ci observait un peu plus intensément son invité perturbant. Puis, de toute manière, pourquoi pas ? Kate ne voulait de toute façon pas de lui…
- Kris ?
La tignasse noire dirigea son visage vers l’ukrainien.
- Pourquoi je t’intéresse ?
- Tu ne m’intéresses pas ! Se défendit l’interpellé.
- Arrête je suis pas stupide ! Tu me dragues depuis déjà un certain temps !
- Et alors ?! C’pas comme si je… Comme si je… Rhô puis merde. J’aurais jamais du venir.
L’aîné se leva et se dirigea à une vitesse surprenante vers la sortie. Kassian ne le rattrapa qu’au salon. Il lui saisit la main, et l’obligea à lui faire face. Son regard toisa durement les pupilles noires de son ami. Ce qui était sur le point de se passer, il ne voulait pas que ça se produise… Mais pourtant… Kristian s’approchait de plus en plus de son visage. Au point que leurs lèvres se frôlèrent, puis se touchèrent avec un semblant d’hésitation… Pour une sensation plus vaste, ils mêlèrent chacune de leur langue espiègle dans l’antre du compagnon…
- Tiens tiens ! Répliqua froidement une voix familière, juste à l’entrée de la porte. Surtout continuez, je n’fais qu’passer !


