Chapitre XII (Partie I)
- ..Wah… C’était… Commença l’ado, pris de sensations fortes et de tremblements.
- Ouais… C’était…
- Waw…
- Ouais… Exactement ça… Confirma le russe, tout aussi satisfait.
Un silence de plomb, pourtant loin d’être gênant, s’installa entre les deux slaves, couchés sur le matelas, encore essoufflés. Kate eut un petit rire moqueur avant de retourner son visage vers celui de l’ukrainien.
- C’est la première fois que c’était aussi bien… Souffla-t-il.
- Ouais.. Pour moi aussi… Sans doute parce que t’es plus âgé…
- Mh… Pour moi, c’sans doute parce que t’es plus jeune…
Ils acquiescèrent en hochant la tête, silencieux, avant de relever les yeux vers le plafond. Un certain écart s’était imposé entre leurs deux corps, après leur moment d’intimité.
- Ce.. Ce qu’on a fait doit rester entre nous… J’pense…
- Ouais t’as raison… L’appuya Kassia.
Le russe s’éclaircit la gorge, se posant mille et une questions. Ce qu’il venait de faire avec Kassian… C’était… Enfin, d’habitude, il ne le faisait pas avec autant d’intensité dans les gestes, dans les regards…
- J’crois que j’vais sortir faire un tour, Déclara l’aîné, se relevant en tibutant légèrement.
- Quoi ? A cette heure-ci ? Mais fait tout noir dehors !
- Bordel Kassian, t’crois qu’j’ai peur du noir ou quoi ?!
L’interpellé se renfrogna, et conclut que Kate regrettait déjà et qu’il s’apprêtait à foutre une nouvelle fois cette putain de distance. Cependant, il allait jouer les chiens battus. Après tout, personne ne savait si le russe résistait ou non au boule de poils !
- Pars pas, Kate, s’te plaît…
- …P’tain, fais chier… Marmonna l’aîné en tombant lourdement sur ses genoux.
J’savais qu’ça allait s’passer comme ça… J’savais qu’il commencerait avec ses conneries de supplications… J’savais, j’savais, j’savais que j’allais pas y résister, putain !
- Ouais ouais, mais va pas croire hein, c’juste parce que j’ai sommeil que.. j’vais me rendormir pénard… Grogna le grand frère.
Ils se recouchèrent, Kassian rejoignant son matelas respectif avec un sourire niais scotché aux lèvres. A peine dix longues minutes s’écroulèrent que l’adolescent rouvrait son infatigable appareil buccal.
- Kate… J’arrive toujours pas à dormir…
A son étonnement, le russe lui répondit aussitôt que lui non plus ne trouvait pas le sommeil.
- Et si on… Commença Kassia.
- On nan hein ! T’es p’t’être increvable, mais moi ouais !
L’ukrainien rougit violement, gêné, puis se rattrapa très vite d’une voix tremblotante.
- Mais non ! Juste dormir ensemble !
- Oh, ça…
Kassian n’attendit pas le consentement de son aîné pour venir se blottir, timidement, sous la fine couverture du grand slave. Celui-ci grogna. De contentement ou désaccord, nous ne le saurons jamais !
Kassia posa délicatement mais indiscrètement sa main sur le torse nu de l’aîné, qui soupira face à ce geste d’affection. Le gamin ferma les paupières, et étrangement, il se rendormit avec une facilité déconcertante…
Trois heures plus tard, lorsque Kate et Kassian étaient entre le sommeil et l’éveil, deux imbéciles firent brutalement irruption dans la pièce, l’un hurlant des « Oléééééé Olééé ! » et l’autre mimant des hennissements d’étalons dépressifs.
L’ukrainien entrouvrit une paupière, et pria Dieu quand il aperçut Andrea qui faisait le cheval, avec son maître Jelski sur les fesses.
- MAIS FERMEZ VOS GUEULES BORDEL, CASSEZ-VOUS D’ICI ! Hurla Kate, mort de fatigue.
Les deux fous furieux, sous l’emprise de la drogue, ne prirent pas l’alerte au sérieux.
- Oui ! Bonjour à toi aussi, cher ami ! As-tu seulement bien dormiii ? Ricana Andreï, adoptant un ton de bourge.
Le russe leur balança son sac à la gueule, et se recoucha en se bouchant les oreilles à l’aide de l’oreiller.
- Ma foi, t’es trop sexy en causant comme ça, chér… Hé, mais qu’est-ce qu’ils foutent dans l’même lit ? S’étonna Jelski.
Les deux pairs d’yeux se posèrent sur les intéressés, qui avaient bêtement oublié cet embarrassant petit détail…
- Z’avez baisé ?
- Non ! J’avais froid et j’suis v’nu dans son lit ! Se défendit l’adolescent, soudainement bien éveillé.
Kate lui lança un regard mauvais, pour la stupide réplique que Kassian avait trouvé. Même pas ses deux défoncés le croiraient.
- Aaah ok, on pige mieux ! S’exclama le lituanien.
Kassia tira alors la langue à son aîné, fier de l’avoir bien remis en place. Le duo de choc sortit de la chambre, toujours avec ce même vacarme infernal. Et ils n’avaient même pas de voisins pour se plaindre, voire se suicider, le monde était vraiment bien fait…
- Bon, moi j’ai une de ces dalles, Trancha le russe en se relevant.
Kassia le suivit aussitôt, il ne souhaitait pas se retrouver seul dans ce « lit ». Au salon, ils remarquèrent l’absence de Miko, sans doute au taff. Les deux émergés posèrent alors leurs yeux sur le comptoir… Vide.
- Sandwichs ? Où qu’ils sont les sandwichs ?! Tonna-t-il, de mauvaise humeur à cause de sa faim.
- Dans mon c… Commença l’ukrainien, qui lui était plutôt d’humeur sarcastique.
- Aaaah ouais ! J’ai zappé d’dire que j’ai ach’té ma dope à la place de la bouffe, sorry les gars, Avertit Andrea, qui courait toujours de droite à gauche avec Jelski sur le dos.
Kate ravala sa salive pour s’empêcher d’hurler sa frustration. Il shoota dans le mur le plus proche, avant de se frotter les yeux pour pitoyablement croire au pire de ces cauchemars. Sur ce coup-là, Andrea avait vraiment fait la salope, bordel.
- Bon, Répliqua Kate sur un ton qui inquiéta instantanément le gamin.
L’aîné se racla la gorge et, regardant le sale temps qu’il faisait dehors, il déclara :
- A cette heure-ci, les bourges pioncent.
- Et ? S’affola Kassia.
- Et ? ET j’ai envie de bouffer, ET de prendre une douche, ET tout ça. T’me suis ?
L’adolescent écarquilla les yeux, choqués des propos de son grand frère, qui n’était pas des plus exemplaires.
- Tu.. Tu penses quand même pas qu’on va les cambri…
- Fais moi confiance.
Bouche bée, Kassian vit son amoureux secret enfiler ses vêtements usés à la va-vite. Se procurant deux sacs poubelles, il demanda d’une voix froide :
- Tu veux v’nir ?
- T’es.. complètement… Tarééé… !
Malgré ses mots, Kassia arborait un sourire mi éclatant, mi mauvais. Il suivit Kate sans la moindre hésitation, un brin d’excitation dans le corps. Que le russe lui consacre du temps était son souhait, et il se réalisait…
- Hé bah ! On peut pas dire qu’c’est p’tit ! Marmonna jalousement l’ukrainien en observant, du pas de la porte, le gigantesque jardin.
Pendant qu’il faisait le guet, l’aîné débranchait le système d’alarme le plus banal qu’il n’ait jamais vu et désactivait les caméras de surveillance constantes. Ces airs professionnels firent peur au cadet, qui était à présent sûr que le passé de Kate n’était pas tout à fait angélique.
- Dit… C’pas la première fois que tu fais ça, pas vrai… ?
- Entre, Répondit simplement le grand frère.
Sans broncher, Kassia pénétra dans l’immense et silencieuse villa. Pas une seule mouche ne volait, ni aucun cafard à l’horizon… C’était effrayant ! Les carrelages étaient aussi blancs que les murs et les décorations.
- Putain ils se l’ont joué Paradize ou quoi ?!
Kate administra une frappe au crâne de l’adolescent, lui intimant de la fermer tant qu’il ne se saurait pas occupé des habitants.
- Ayaaaah tu vas les tueeeer ? Chuchota l’ukrainien en plein délire.
Le slave soupira et monta à l’étage. Ils entrèrent dans une chambre dont la porte était entrouverte. On pouvait distinguer une jeune femme d’environ vingt ans, aux côtés d’un vieil homme qui dormait tel un mort dans sa tombe.
- Ce genre de nana, Kassia… Commença le russe en cherchant quelque chose dans son sac, se sont de vraies garces qui sont prêtes à se faire sauter par des zombies d’ce genre… Dit-il en désignant le vieux, tout ça pour leur fric.
L’aîné versa quelques gouttes, de ce qui semblait être du chloroforme, sur du mouchoir qu’il posa sous les narines des deux occupants.
- Voilà j’peux causer maintenant, nom d’une pipe ?!
- Ouais, Ronchonna le russe qui rangea le tout.
- Dit, pourquoi on a pas d’masques, des gants et tout et tout ? Comme dans les films ?
L’aîné se racla la gorge et répondit d’une voix lasse, tout en cherchant de l’argent dans les commodes :
- Parce que justement, on est pas dans un film. Pas b’soin d’tout c’bordel.
Finalement, chacun alla d’un côté opposé. Visitant individuellement la maison, ils emportèrent avec eux tout ce qu’ils leur s’avéraient nécessaires. En l’occurrence, pour Kate ; De l’argent, des bières, du vin, et toutes les bouteilles d’alcool qu’il put trouver. En ce qui concernait Kassian, celui-ci trouva plus utile de dévaliser le frigo.
Involontairement, ils se retrouvèrent dans la même pièce… La salle de bain.



備考