Chapitre X
Du côté de Jelski, toute l’ampleur des choses tournait mal. Le lituanien avait le cœur serré, l’estomac noué. Dans leur moment d’intimité, qu’il avait eu avec Andrea, celui-ci promettait d’essayer d’arrêter la prostitution… Lui promettait de rester avec lui… Des dires qui, jusqu’ici, n’ont jamais été tenues.
Ce soir-là, Andreï avait un client. Jelski cherchait désespérément la chambre qu’occupaient son amant, et ce fils de pute qui le payait pour les délices qui ne devait être destinés qu’à lui. La villa gigantesque de Klara paraissait alors encore plus grande.
Il monta au dernier étage, et ouvrit toutes les portes avec la même brusquerie. S’il les trouvait, il n’allait pas être doux. Oh que non. Plus personne ne toucherait à Andreï, maintenant. Argent en jeu ou pas. Jelski préférait crever de faim dans les bras de son conjoint que de le savoir dans le lit d’un autre.
La chambre suivante dans laquelle il débarqua fut la bonne. Ils étaient encore habillés. Mais le baiser qu’ils échangeaient était la goutte en trop.
Le lituanien s’approcha à pas rapide, surprenant l’hôte et son client.
- Lâche-le ! Lâche-le, connard ! S’écria-t-il, prenant l’individu par les épaules.
- Jelski ! mais bordel, t’en mêle pas !
Andrea ne prit pas le temps de reboutonner sa chemise, et vint défaire son client des griffes de son amant.
- Si, je m’en mêle ! T’es à moi ! Putain ! Tu m’avais promis, merde ! Lui reprocha-t-il, les larmes aux yeux.
Mais cela ne sembla pas affecter le client, qui se rua sur le lituanien, lui administrant un monumental coup de poing au visage.
- Seth ! Arrête !
Andrea repoussa l’homme hors de la chambre, lui jetant ses liasses billets à la figure. Il referma violement la porte, et s’agenouilla auprès de son compagnon.
- Jelski… Pourquoi t’as fait ça… Pourquoi t’es venu… !?
Il l’embrassa avidement, caressant chaque parcelle de peau du slave. Andreï le serrait fort dans ses bras, telle à une bouée à laquelle on s’accrochait pour se sortir du gouffre…
- Tu n’as plus… besoin de faire ça, Andy… Ces hommes-là ne t’aiment pas autant que moi… Je t’en pris… Tu me fais du mal à chacun de tes rendez-vous !
- Et ma dope, hein ? Qui c’est qui va me la payer, ma putain de came ?! Personne ! PERSONNE !! S’emporta le blond sous l’effet du manque.
Ignorant la réponse à la question fatidique, les larmes jaillirent plus qu’il ne l’aurait fallu, donnant un mal de tête atroce à Jelski.
- On… on trouvera une solution…
- On n’en trouvera aucune, bordel ! Aucune !
- A.. Arrête de crier… Supplia le lituanien.
- ET POURQUOI, HEIN ? Toi évidemment t’en as rien à foutre de ce que je peux bien vouloir ! PUTAIN, ET JE VAIS M’LA PAYER COMMENT, MA DOPE ?! MERDE !
Il shoota dans un meuble, avant de se laisser tomber à terre. Il calma du mieux qu’il pouvait sa respiration saccadée. A côté de lui, Jelski était replié sur lui-même, honteux. Il se sentait terriblement coupable de l’état du seul être qu’il aimait… Pourquoi cette foutue dépendance… ?
- Je me casse ! Et si tu me rattrapes, j’te jure que tu peux m’oublier ! Trancha-t-il avant de quitter la pièce.
Jelski sursauta au moment où la porte claqua avec une férocité incomparable. Le lituanien n’avait jamais vu son aîné aussi enragé par le manque de drogue…
Miko redescendait les escaliers, sortant à peine des toilettes. Ce fut avec soulagement qu’il aperçu Andrea, sortant d’une chambre. Il se dirigeait vers celui-ci quand il le vit rattraper un homme qu’il avait l’air d’avoir déjà vu. C’était Seth. Un client. Un habitué. Andreï semblait s’excuser, et après quelques secondes à peine, ils prirent à deux le chemin vers une autre chambre.
Le polonais fronça des sourcils, avant de voir apparaître Jelski, la mine humidifiée par les pleurs. Ce fut là qu’il comprit immédiatement que l’intervention du lituanien n’avait servit à rien… Andrea choisira toujours sa dépendance. Il était trop accro.
- Jelski…
- On se casse.
- Ca c’est mal passé ? S’inquiéta-t-il.
- Putain, Miko. T’es sourd ou quoi ? On se casse !
Le polonais n’insista pas plus longtemps, et descendait les dernières marches avec lenteur. Il aurait bien aimé rester indifférent à cette situation compliquée. Rester indifférent comme Kate le faisait si bien, restant ainsi à l’écart de tous ces conflits.
Ils ne durent pas chercher Kassian et Kate. Ceux-ci attendaient déjà devant l’entrée. Et Miko soupira en constatant que ceux-ci avaient l’air de s’être tout aussi disputé que Jelski et ce con d’Andy. L’ukrainien et le russe avaient au moins trois mètres d’écart entre eux, ce qui fit malgré tout sourire le polonais.
Celui-ci tapota dans le dos de l’androgyne aux cheveux argentés, histoire de le détendre. Ils sortirent sans un au revoir à personne.
Comme s’il n’y avait pas assez de problème ainsi, l’air tendu vint se joindre au rendez-vous… Tout comme la stupide question de Kassia.
- … Andrea n’rentre pas avec nous… ? Osa-t-il demander.
Et, comme tout le monde le prévoyait, Jelski ironisa pour ne pas montrer sa douleur.
- Nan, figure-toi qu’il préfère se faire défoncer le cul que d’se..
Miko lui administra un petit coup aux côtes, le grondant en marmonnant un « Ta gueule, sinon tu seras rongé par le remord de tes paroles ». Le lituanien n’acquiesça pas, mais se tut tout de même en baissant la tête.
Le reste du chemin vers l’appartement se passa dans un silence de mort. Jelski marchait à l’avant, Miko un mètre derrière avec Kate, et Kassian préférait s’éloigner d’eux. Jelski ne semblait pas de bonne humeur. Miko était vexé et loin d’avoir l’envie de plaisanter. Et Kate… Après ce qu’il s’était passé… Kassia n’était pas étonné de la distance que le russe avait à nouveau imposée. Sa froideur était plus dure, et le blessait tout autant. Avec le seul changement qu’elle faisait plus mal…
Arrivés, chacun se mit de son côté. Jelski s’enferma sur le petit balcon, buvant bière par bière. Miko s’était effondré sur le canapé, semblant épuisé…
Et, sans le faire exprès, lui et Kate eurent le même réflexe ; S’enfermer dans la chambre. A mi-chemin du salon et de leur dortoir, ils s’arrêtèrent, s’observant. Le russe le fixait d’un air accusateur « Tu me suis, ou quoi ? » tandis que Kassia rougissait comme une meuf. Kate haussa des épaules en émettant un soupir lassé, et continua sa route, suivit de loin par l’adolescent.
Une fois à l’intérieur, ils se changèrent, tous les deux assez gênés du silence morbide installé. Et le pire était que leur matelas était l’un à côté de l’autre.
Génial, pensa l’aîné, sarcastique.
Ils se couchèrent sans un mot, ni sans regard. Et puis, cela n’était pas plus mal ainsi…
Trois heures plus tard, l’heure indiquait deux heures du matin. Miko rejoignit Jelski, le prévenant qu’il allait dormir.
- Tu te coucheras quand ? Se soucia le polonais.
- J’sais pas.
Miko baissa les yeux, et s’apprêta à s’en aller. Ce fut là que la voix du lituanien retentit, plus douce mais pas moins soucieuse.
- Tu crois que quand il rentrera, il sera calmé… ? Une… Une fois qu’il aura sa dope… il ne me criera plus dessus… ?
Le polonais remarquait le ton craintif et angoissé de son frère.
- Il me fait peur quand il n’a pas eu sa dose..
Ne sachant pas quoi répondre, Miko se contenta d’étreindre le lituanien avec toute l’affection qu’il pouvait. Il lui déposa un baiser sur le front, et lui chuchota des mots réconfortants à l’oreille, qui détendirent quelque peu Jelski. En souriant, Miko arracha l’alcool des mains de son aîné. Jelski lui rendit un faible sourire en retour, et reprit son occupation à admirer les étoiles.
Kassian avait toujours les paupières ouvertes. Il n’arrivait pas à dormir. Et c’était vraiment vexant de constater que pour ce qui était de Kate, il semblait déjà aux pays des rêves !
Bordel, ses lèvres, ses mains, sa bouche ! Il embrasse comme un Dieu ! J’fais qu’penser à ça, j’peux pas dormir !
Il se redressa lentement, et observa le russe qui lui tournait le dos.
Est-ce qu’il dort vraiment… ?
L’adolescent était tenté par l’idée d’aller vérifier. Mais est-ce que c’était vraiment convenable… ? Oh, puis zut ! Après la pelle que lui avait rouler Kate, fallait certainement revoir la notion de convenable !
A quatre pattes, le plus silencieusement possible, il se dirigea vers le matelas de son frère. Puis, par mégarde, il bouscula quelques bouteilles de vin qui firent tout un vacarme.
- Ouais, bah pour la discrétion, c’est raté, Ironisa la voix rieuse de Kate.



備考