Lundi 10 mars 2008
Chapitre XV
 
 

Adelphe Claudius n’avait fait aucun commentaire quand le prénom masculin résonna à ses oreilles. Il n’avait fait qu’envoyer deux soldats à l’habitat du jeune prénommé, afin de le prévenir du choix du prince. Après tout, aux orgies, tout était accepté, le roi n’avait rien à redire.

 

De son côté, Cassi était allé se réfugier dans sa chambre. Il n’arrivait pas à croire ce qu’il lui avait échappé de la bouche. Il ne comprenait pas l’audace qui l’avait envahi…. Il souhaitait simplement retourner en arrière, et ne jamais avoir prononcé son prénom.

 

Faisant les milles pas, Cassidy cherchait désespérément une solution. Aurèle ne devait pas connaître son statut, c’était impensable… Le monde pouvait bien s’écrouler, il s’en fichait. La peur s’était emparée de lui et ses ambitions, et malgré l’angoisse, il le désirait tellement.

 

… Si seulement Aurèle l’acceptait comme David l’avait fait.

 
 

-         Emma, bon sang ! Je t’avais ordonné de ne pas revenir !! T’es complètement folle !

 

La fautive, qui était allée mettre à l’abri ses sœurs pour ensuite revenir au village, restait silencieuse face à la colère de son frère. Colère qu’elle avait évidemment prévue.

 

Perceval, qui croyait tous ses enfants en sécurité, était au travail malgré la nuit festive.

 

Seuls dans la maisonnette, Aurèle cherchait à comprendre le comportement irresponsable de son aînée.

 

-         Je ne te comprends pas. Vraiment pas. tu… Emma… Soupira-t-il, terriblement anxieux.

 

Trois coups frappés à leur porte les alertèrent. Aurèle empoigna immédiatement l’adolescente, essayant vainement de la cacher quelque part.

 

-         Ici sur ordre de Sa Majesté, ouvrez !

 
Les deux frangins s’observèrent, étonnés.
 

-         Va ouvrir… Murmura Emma.

 

Le blond se racla la gorge, se recomposant un visage neutre et impassible. D’un bref regard, il fit signe à sa sœur de ne pas se montrer. Aurèle ouvrit la porte, tombant sur deux soldats, qui le regardaient tour à tour.

 

-         Aurèle ? Répliqua l’un deux.

 

L’intéressé hocha la tête, étrangement mal à l’aise.

 

-         Le prince vous a choisi comme hôte. Suivez-nous volontairement, ou cela sera de force.

 

L’adolescent, qui était bouche bée, était aussi perdu qu’Emma, cachée derrière la porte.

 

-         Je crois qu’il y a un problème, ce n’est pas poss…

-         De gré ou de force, Répéta le garde.

 

Le blond, incompréhensif à la situation, se força à les suivre, laissant Emma seule. Celle-ci était tout autant inquiète, mais n’intervint cependant pas, regrettant déjà d’être revenue…

 

Aurèle était passé par un bain, un habillement de première classe qui ne lui correspondait guère et qu’il trouvait trop léger à son goût,… une femme forte l’arrangeait encore, restant silencieuse et semblant réfléchir.

 

-         Je ne comprends vraiment pas sa décision… Marmonna-t-elle pour elle-même.

 

Elle leva ensuite les yeux vers Aurèle, les sourcils légèrement froncés.

 

-         Ne vous inquiétez pas pour Cassidy ! Il.. Il est doux et gentil, un jeune homme adorable…

 

Quelque peu intrigué par la réaction de la bonne, le blond ne faisait qu’hocher la tête, préférant garder le silence.

 

-         Vous savez, je m’occupe de lui depuis sa naissance… Il ne vous obligera jamais à… A...

-         Oui, merci, j’ai compris, Rétorqua simplement Aurèle d’un air distant.

 

La femme, qui n’était personne d’autre qu’Agathe, quitta l’adolescent d’un pas pressé. L’agriculteur se retrouva seul dans le long corridor, face à la porte de la chambre du prince. Il hésita longtemps à toquer, entrer directement ou fuir…

 

Mais ce fut ses doigts agiles qui décidèrent pour lui ; Lentement, il ouvrit la grande porte blanche. Le regard baissé, toujours sans regarder droit devant lui, il referma derrière lui…

 

Un silence bizarrement bienveillant régnait. La chambre était vide. Aurèle observait les recoins, assez émerveillé par tous ces décors. Un grand lit à baldaquin rouge gisait au fond de la gigantesque pièce, beau et imposant.

 

-         Je te demanderais de fermer les yeux, Ordonna une voix rauque derrière Aurèle.

 

Celui-ci exécuta silencieusement le désir du prince, qui s’approchait progressivement. Le blond sentit qu’on lui bandait les yeux. Les gestes de l’héritier se faisaient étrangement affectueux, rassurant le villageois qui restait de marbre.

 

Cassi se positionna face à Aurèle, quelques larmes chaudes glissant sur ses joues. Il porta sa main sur la nuque du blond, qu’il sentit frémir sous sa caresse. Rapprochant son visage de l’adolescent, il lui frôla les lèvres entrouvertes d’une lenteur calculée.

 

Après quelques attouchements confus, ce fut Aurèle qui eut l’audace d’introduire sa langue espiègle dans la bouche veinarde du prince.

 

Seulement, un simple échange suffit au blond de comprendre à qui il avait à faire. D’un geste vif et brusque, il ôta le ruban qui masquait ses yeux… Son visage resta impassible tandis que Cassi supportait très mal le regard accusateur du villageois.

 

Aurèle avait eu, durant quatorze jours, une horrible peine au cœur… Pour un gars qui lui mentait depuis le début. Qui jouait avec lui. Qui s’était, tout simplement, royalement moqué de sa naïveté.

 

Des doigts incertains vinrent s’entrelacer aux siens… Malgré sa colère évidente, Aurèle ne pu les repousser. Les émeraudes de Cassi le fixaient avec une telle intensité qu’il en restait impuissant.

 

Bientôt, le prince posa son front sur l’épaule réconfortante d’Aurèle. Celui-ci sentait des gouttes tièdes perler sa peau, le rendant un peu plus incompétent et désarmé.

 

-         Pardonne-moi de t’avoir caché cela… Murmura une voix brisée au coin de son oreille.

 

Pour réponse, le blond resserra l’étreinte qui s’était installée entre leur deux corps. Prenant cela pour un « Oui », Cassidy pressa une seconde fois ses lèvres en manque de leur jumelle, avec plus d’avidité et d’envie. Fougueusement, l’agriculteur répondit au baiser capricieux, soulevant en même temps son amant du sol pour aller l’installer sur le grand matelas.

 

Contre toute attente, le prince se sentit abandonné au milieu du grand lit. Il devina, par les bruits des frottements de vêtements, qu’Aurèle se déshabillait. Un petit sourire naquit sur ses lèvres, alors qu’il se détourna lentement le visage pour inconsciemment observer le blond dans son intimité… Mais quand son regard croisa le corps sous les draps et la mine furieuse du villageois, Cassi perdit très vite sa silencieuse joie. A son tour, il se dévêtit et rejoignit la chaleur des couvertures.

 

Un écart assez imposant séparait les jeunes français. Dos à dos, chacun des deux prenait partie à se remettre en question. L’un rongé par son silence n’osa pas s’exprimer, tandis que l’autre, anéanti et triste, se soumettait à un questionnaire dont il était le seul juge. Aurèle essayait tant bien que mal de se mettre en tête l’idée que Cassi lui avait menti et trahi. Lui, pauvre naïf et ignorant, avait.. Embrassé le prince. Touché le prince… Aimé le prince.

 

-         Aurèle… Je ne t’oblige à rien tu sais…

 

L’interpellé se redressa doucement, se rapprochant dangereusement du corps nu de l’héritier. Du bout de ses doigts, il frôla les frêles épaules de Cassidy. Peut-être n’était-ce qu’un murmure presque inaudible, mais le prince n’eut aucun mal à entendre ce qu’Aurèle venait de murmurer, et il ne pu que sentir les battements de son cœur s’accélérer…

par Inki Inochi
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