Mardi 22 avril 2008

Chapitre III

 

 

Au milieu de la nuit, les paupières de l’adolescent s’ouvrirent seules. Malgré la pièce sombre, Kassian apercevait sans problème Miko qui dormait à l’autre bout de la pièce. Les matelas vides démontraient que Jelski et Andreï n’étaient toujours pas rentrés de leur fête… Mais, et le cinquième matelas, alors ? Pourquoi était-il vide ? L’ukrainien se redressa lentement, se demandant où avait bien pu passer Kate.

 

Il se releva péniblement, marchant tel un zombi vers le salon… Vide. Il fit passage dans toutes les pièces de l’appartement, sauf celle qu’Andrea lui interdisait… Car justement, il le lui interdisait !

 

Pourtant, il lui sembla que de petits bruits, qu’il connaissait parfaitement bien, résonnèrent à ses tympans. Discrètement, il se dirigea vers la porte, et observa d’un œil attentif par le trou de la serrure ce qui se tramait là-dedans… Kate préparait sa dose.

 

Kassian eut un faible sourire en coin, et se permit d’entrer, ce qui n’échappa pas à l’aîné encore conscient de ce qui se passait autour de lui.

 

-          Si Andreï t’interdit cette pièce, moi aussi. So, get off.

 

Malgré le ton autoritaire de l’avertissement, qui allait terriblement bien au russe d’après Kassian, celui-ci entra quand même un premier pied.

 

-          Kassia… Bouge de là…

 

L’adolescent referma la porte derrière lui. Fixant les yeux gris furieux de Kate, le jeune réprima un sourire quelque peu moqueur.

 

-          Putain ! T’veux qu’je m’fasse engueuler ?! Fulmina le plus âgé.

-          Si t’arrêtais de gueuler ça resterait qu’entre nous !

 

Les deux frères, pour qui l’entente ne semblait pas facile, se fusillèrent du regard un court moment, où Kassian profita de cette inattention pour s’asseoir à ses côtés.

 

-          J’veux juste te tenir compagnie, pas me piquer, Insista l’ado.

 

Kate finit par hausser les épaules, et continua son petit loisir en oubliant totalement le gamin. Le drogué enroula autour de son bras une ceinture en cuire, qu’il resserra à son maximum à l’aide d’une main et de ses dents. Il s’empara ensuite d’une seringue stérile.

 

-          Ca fait mal ? Demandait Kassia, intéressé.

-          Nân… Maugréa Kate, n’aimant pas être dérangé dans son élan.

-          Ca fait quoi, alors ?

-          C’qu’il faut, Soupira l’aîné en s’enfonçant la fine aiguille sous la peau.

 

Tandis que le liquide se restreignait à vive allure, Kate ferma les yeux et balança lentement sa tête vers l’arrière, savourant les frémissements qui s’emparaient de son corps. Alors que le russe se mordillait les lèvres de plaisir, Kassian frémit de tout son long, quelque peu attiré par ce que ses frères semblaient vénérer. Souvent, l’adolescent se sentait délaissé par les trips que se tapaient ses frères. Il ne comprenait pas vraiment leur attirance pour la drogue, mais essayer lui plairait, bien qu’Andrea lui ordonnait le contraire.

 

Kassian observait Kate qui se couchait à terre, les pupilles dilatées et le visage voilé d’un plaisir éphémère.

 

-          Alors, c’est comment ? Questionna le jeune, en se penchant au dessus du visage du russe.

-          C’est.. Mieux qu’le cul, crois-moi…

-          A c’point ? S’étonna l’ukrainien.

 

Un large sourire plutôt niais s’étira sur les lèvres de l’aîné, semblant acquiescer à l’interrogation du gamin.

 

Au moins quinze minutes passèrent, où Kassian restait assis, à observer Kate qui était au septième ciel. Soudainement, celui-ci se releva, les yeux divaguant. Le russe distinguait l’ukrainien.

 

-          Qu’est-ce que tu fous encore là ?

 

Kassian éclata de rire face au ton de la voix endormie de son aîné. Celui-ci attrapa la main du plus jeune, et l’entraîna hors de la pièce.

 

-          Où tu m’emmènes ? S’inquiéta l’adolescent.

-          A ton pieu.

 

Kassian s’arrêta net, retirant violement son bras de l’emprise du russe. Celui-ci se retourna, et défia le jeune du regard. Les deux slaves ne semblaient pas vouloir bien s’entendre.

 

-          Tu te rebelles, ça y est ? Se moqua Kate.

 

Le jeune homme haussa les épaules, ne voulant pas répondre à cette provocation gratuite.

 

-          Je n’arrive pas à dormir, c’est tout, Murmura Kassian.

-          Et qu’est-ce que tu veux que ça m’foute ?

 

Planté au milieu du salon, l’aîné soupira, et s’étala sur le canapé. Kassia l’y rejoignit hâtivement, posant sa tête sur le torse du russe, qui ne broncha étonnement pas. Il soupira de bien être, quand une question au sujet de Kate lui vint à l’esprit. Il leva la tête afin de la poser, mais constata que l’intéressé dormait déjà.

 

Avant de lui-même plonger aux pays des rêves, il déposa délicatement un baiser sur les lèvres rosées de son impertinent grand frère…

 

 

Au matin, le bruit d’une porte qu’on claquait violemment avait réveillé Kate dans un sursaut. Il fut d’abord étonné de se retrouver couché sur le canapé, avec cet imbécile de Kassian sur lui, pionçant la bouche grande ouverte sur son torse. Il soupira, et se dégagea vivement.

 

Des sortes de grognements de satisfaction provenant de leur chambre commune l’attirèrent. La porte était déjà entrouverte, il ne suffisait à Kate qu’à ouvrir l’œil. Il sourit en distinguant Jelski et Andrea qui se roulait « la pelle du siècle ». Les mains d’Andy s’aventuraient inlassablement sur le torse nu de Jelski, à qui le visage était on ne peut plus précis quant à son plaisir évident.

 

Andreï parsemait le cou de son amant d’une multitude de baisers, de frôlages et de mordillages. Kate enviait presque le lituanien d’être en de si bonnes mains. Etrangement, le russe sentait qu’il y avait une réelle passion entre ses deux-là. Il trouvait qu’Andrea se donnait au maximum pour faire plaisir à Jelski, et que celui-ci semblait être fort attaché au caïd de la bande.

 

De son côté, il trouverait particulièrement intéressant et hilarant si ses deux-là s’aimaient secrètement ! Kate n’était pas du genre à se mêler de la vie d’autrui, mais il prenait un certain amusement à voir les couples se disputer ou, simplement, mener une vie commune. Ca lui ferait faire au moins quelque chose de ses journées.

 

-          Andrea et Jelski ne sont pas ensemble, juste des fuckfriends, Fit la voix de Miko, derrière lui.

-          T’en es sûr ? Répliqua ironiquement Kate qui lui désigna du regard les deux slaves s’échanger un baiser plus que tendre et passionné.

 

Le polonais haussa les épaules, et changea de discussion en se dirigeant vers la cuisine afin de se prendre une canette de bière.

 

-          Pourquoi toi et Kassia avez dormi sur l’canapé ?

-          Bah… On a discuté, puis voilà… Marmonna le russe, qui émergeait encore.

 

Kate vit le polonais hausser un sourcil.

 

-          Et c’est quoi, ça ? Demanda Miko en désignant le bras de Kate, où la trace de la piqûre était encore visible.

 

Le russe regarda l’endroit et bailla. Il lui dit simplement que Kassian n’était pas avec lui lors des faits, ce qui avait l’air d’apaiser le polonais. Celui-ci tendit un sandwich fraîchement préparé à son ami.

 

-          J’peux savoir d’où tu t’es chopé ces sandwichs ? S’étonna Kate en regardant les mets sur le comptoir de l’ancienne cuisine.

-          C’est Andreï qui ramène la bouffe, Déclara Miko entre deux bouchées.

 

Celui-ci expliqua au nouvel arrivant que le chef se prostitue depuis des années, et qu’il possédait ses clients personnels, des deux gentes, qui payaient très chère pour passer au moins six heures avec Andrea.

 

Kate était quelque peu étonné par cette nouvelle, mais n’en fit évidemment aucun commentaire.

 

-          Bon, moi j’me tire ! S’exclama le polonais en jetant ses déchets dans une poubelle déjà fortement entassée.

-          Hein ? Et où tu vas ?

-          Moi aussi j’ai un boulot, mec, Ricana Miko en enfilant ses précieux gants.

 

Il fait aussi la pute ? Pensa le russe, amusé.

 

Kate s’installa sur le comptoir, mangeant à son aise. Feuilletant un magazine quelconque, il songeait à ce qu’il pourrait bien faire aujourd’hui. Ce qu’il adorait, dans sa vie, est que chaque jour était un défi. Il ne savait jamais ce qu’il mangerait, où il irait, ce qu’il ferait…

 

Et qui je rencontrerai, Se disait-il avec un sourire moqueur aux lèvres, tout en fixant Kassian qui se réveillait péniblement.

 

Celui-ci semblait chercher le russe des mains, mais ne trouva rien, excepté le tissu froid du canapé. Il ouvrit ses paupières avec difficulté, et fronça les sourcils en remarquant le cinquième membre qui l’observait d’un air plutôt facétieux.

 

-          Qu’est-c’tu mates ? Grommela Kassia en se redressant.

-          Ta face de m…

-          Hey les gaaaaaars ! Se réjouit Jelski en débarquant tel un dératé dans le salon obscur.

 

Les deux frères présents le regardèrent d’un air meurtrier. Et c’était ce con qui avait osé interrompre leur dispute ! Cependant, Kassian dévoila ses bras, les tendant au lituanien qui vint aussitôt s’y blottir. Nullement attendri par cette marque d’affection qu’échangeaient les deux hommes, Kate reporta son attention à sa lecture.

 

-          Bien dormi, petite larve ?

-          Ouaiiis, j’crois même avoir baver sur Kate, Piqua l’adolescent en jetant un regard sarcastique à l’intéressé.

 

Celui-ci répondit, sans même lever les yeux.

 

-          Baver ? Tu m’as carrément morvé dessus.

 

Jelski murmura un simple « Erk », et se chopa un sandwich. A peine eut-il avalé une bouchée, qu’il devint tout rouge et recracha ce qui restait avec dégoût.

 

-          Putain ! ANDREA, RAMENE-TOI ICI !! Cria-t-il, en colère.

 

Le dénommé fit son apparition à l’embrasure de la porte, un sourire taquin se dessinant sur son visage fatigué par leur précédente soirée.

 

-          Des sandwichs avec des tomates ! Je hais les tomates !! Pourquoi tu as pris des tomates ?! Tu sais très bien que je n’aime pas les tomates, mais tu as quand même pris des tomates alors que les tomates, j’ne…

 

Andreï se contenta d’emprisonner les lèvres de son turbulent amant, le faisant ainsi taire, au grand contentement de Kate et Kassia, à qui la tête allait exploser. Rougissant à vue d’œil, car il n’était pas habitué à ce qu’Andrea lui adresse des marques d’affection en public, Jelski se tut immédiatement, marmonnant un faible « Ok, j’me contenterais des tomates… »

par Inki Inochi
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