Chapitre XXVI
Sous l’effet de l’indignation qu’elle ressentait, Ellie sortit de la voiture, claquant violement la portière.
- KESTUFOULA ?! J’t’avais dis de
pas te mettre en travers de mon chemin ! Mugit-elle avec véhémence.
Kelii, qui arborait un air assidu et sérieux, avait maintenant un large sourire dessiné sur son visage basané.
- Calme-toi, Ellie, et
écoute-moi.
Derrière son écharpe noire, la jeune fille fulminait son mécontentement mais donna finalement son accord à le laisser s’exprimer, sa curiosité lui faisait, une fois de
plus, défaut.
- Je vais donner ma démission, et
vais quitter la ville avec ma femme avant que l’enfant naisse.
- Et alors ?
- Et alors j’ai changé d’avis. Je
vais t’aider, je le dois à Aryan.
Un sourire lumineux embelli le visage de l’adolescente alors qu’elle sauta aux bras de l’haïtien. Elle était assez stupéfaite, tout de même, de ce changement d’avis si
brusque. Cependant, elle ne doutait pas de lui, et baissa sa garde imminente. Elle ne put s’empêcher de culpabiliser un peu, à cause d’elle Kelii n’aurait plus de..
MAIS QU’EST-CE QUE JE RACONTE ? C’est trèèèès bien !
Elle rebroussa chemin d’un pas anticipé et se faufila dans la ferraille noire. Ses pieds et ses mains gelaient déjà sous ses vêtements humectés. Kelii assista ses pas
et s’installa sur la banquette arrière. Il rapporta la nouvelle éminente à son cadet, qui écarquilla les yeux, épaté.
- Et.. Et moi ? Bafouilla
Joslin.
- Tu devrais retourner chez nos
parents..
- Kelii ! Je n’veux pas
retourner chez eux ! Ils m’étouffent !
- Ecoute, on verra ça plus tard,
ok ? Insista l’aîné.
L’adolescent se rechigna sur son siège, dévoilant sa contrariété à l’expression de sa mine déconfite et son attitude.
- Ellie, tu as prévu quoi ?
S’efforça de demander Kelii, évitant soigneusement le regard accusateur de son petit frère.
- J’attends que les derniers flics
sortent, et qu’ils ne restent que les quelques gardes de nuit.
- Ensuite ?
Elle inspira profondément une bouffée d’air, et soliloqua son monologue incomplet à l’intention des deux frangins :
- Tu entres, tu les buttes, tu les
fous dans je ne sais quel placard, tu débranches les caméras, tu vas chercher Korin, tu le traques, et enfin, tu reviens !
Les deux frères restèrent ahuris, la bouche bée, les yeux soudainement élargis. Ellie n’aima pas du tout leur expression, à croire qu’elle venait de demander
l’impossible !
- Ellie, en fait, ce que tu dis là,
c’est que c’est moi qui me tape tout le travail ?
Elle agita la tête en signe d’affirmation. Joslin éclata de rire et Kelii se retenait de péter un câble.
- Ellie, dans tout ce que tu viens de
me demander, je ne ferais que débrancher les caméras.
- Hein ?! Et les gardes,
alors ?!
Le plus jeune se dévoua :
- Il n’aura qu’à les
distraire !
L’adolescente ausculta l’idée pas du tout conne de son copain. Ce n’était pas du tout bête, d’ailleurs très ingénieux, mais étant donné que ça ne venait pas
d’elle…
- Non, c’est une mauvaise idée,
Proféra-t-elle.
- Hein ? Mais pas du tout !
Se défendit-il.
- Ellie, je crois que je vais suivre
l’idée de mon frérôt !
Celui-ci le mitraillait des yeux, il n’avait pas oublié sa trahison. Kelii l’ignora et continua, mais la jeune fille le coupa immédiatement :
- C’est trop risqué !
- Pas plus risqué que ton idée !
Démentirent les deux haïtiens.
Alors qu’elle se lamenta d’être entourée de deux mecs stupides, Ellie re médita malgré elle le plan spontanément proposé de Joslin.
- Bon, d’accord, mais c’est
juste parce qu’on a rien d’autre !
- Tu es très ordonnée Ellie, j’aime
ça, Se moqua Kelii.
- Oh toi, je te conseillerais de la
fermer, ce n’est pas ton statut de flic qui m’empêchera de te repeindre la tronche ! Rétorqua-t-elle fièrement, heureuse d’avoir le dernier mot.
Le policier décida qu’effectivement, il la fermerait plus souvent en la présence de la gamine.
- Ils sortent ! Déclara Joslin
tandis qu’ils virent tous les trois les flics seller leur auto.
- Bon bah, j’crois que c’est à moi..
Mon Dieu, qu’est-ce que je suis en train de faire ! Se dit-il à lui-même.
Kelii sortit de son abri. Ellie le suivait du regard jusqu’à ce qu’il intègre le poste de police. Elle poussa un soupire de soulagement, et s’étira en émettant un
gémissement d’aise.
- Tu sais, tu peux très bien venir
habiter chez moi.. Suggéra-t-elle.
- P.. pardon ?
- Bah oui, je.. Notre maison est
grande.
- Je.. Je sais pas, je…
Elle sourit, contente de faire perdre les moyens de Joslin.
Kelii s’expédia jusqu’à la salle des contrôles, toujours en passant sous les caméras, afin de ne pas se faire voir. Ainsi, quand il coupera toute surveillance, personne
ne l’aurait vu, et il ne sera pas soupçonné d’un éventuel complot.
Alors qu’il salua un collègue d’un signe de tête, il fût excité par l’interdit de l’acte qu’il s’apprêtait à réaliser. Il se prenait pour un gars de seize ans, jeune et
insouciant, et bizarrement ces années-là lui manquait !
Il ouvrit à la volée la porte de ladite salle. Kelii s’installa en face d’un écran, cherchant désespérément celle qui filmait la cellule de Korin. Enfin, il la décela.
Le jeune japonais était allongé sur le matelas, et ne dormait visiblement pas.
Il débrancha le système d’épiement constant et s’en alla, ne regrettant paradoxalement pas son geste.
Kelii ressortit par l’arrière du poste, laissant en même temps l’entrée ouverte pour la venue imminente d’Ellie.
Lorsqu’il rejoignit la voiture de Monsieur Neil, ce qu’il se passa à l’intérieure n’avait rien de déshonnorant, et pourtant..
POURTANT C’EST PAS LE MOMENT DE FAIRE CA !!
Il toqua à la votre du passager avant, faisant sursauter son frère qui se mit à rougir à vue d’œil. Quand ils furent un minimum vêtit, Kelii se permit d’entrer.
- Je vais vous faire payer cette
petite distraction, vous aller voir !
Ellie ne pu s’empêcher d’éclater de rire.
- ENFIN SOIT ! Ellie, je t’ai
laissé la porte de la cour ouverte, je pense que ça sera plus facile pour toi. J’ai compté le nombre de garde, ils sont sept.
- Genre un dans chaque
étage ?
- Oui, mais toi, n’oublie pas que tu
dois aller au sous sol.
- Ouais ouais, cellule sept, j’ai
pigé !
Avant de mettre le pied dans l’air glacial de la nuit, elle s’amusa à se mettre un.. Masque noir sur la tête.
- Ellie, à quoi tu joues ?
Intervint Kelii.
- Je trouve ça stylé ! La
défendit Joslin.
- Et bah moi, je trouve ça simplement
utile, bande de crâneur !
Tandis qu’elle l’arrangeait, Kelii s’empara de son portable.
- Mais qui t’appelles ?
Interrogea Ellie.
- Aryan, bien sûr.
- Pourquoi faire ?
L’haïtien souriait d’un sourire coquin.
- Tu crois pas que les amoureux
voudront se retrouver ?
Ellie émit un rire aigue, totalement d’accord avec le flic.
- Je t’accompagne !
Les deux interpellés se retournèrent vivement vers Joslin.
- Tu veux venir avec moi ?
Répéta Ellie.
- Bien sûr ! Je suis même étonné
que tu me laisses là ! Moi aussi je veux goûter à cette expérience !
Les deux jeunes sortirent à la hâte, tandis que Kelii criait à son cadet de rester là. Il ne fut pas étonné que celui-ci ne l’obéisse pas, pourtant, il n’alla pas le
chercher, le froid avait raison de lui.
- Mais quel idiot mon frère,
il..
- Chuuut Jos’ !
L’adolescent haussa les épaules et se tu. Comme dit, la porte de l’arrière du poste était légèrement entrouverte. Ils arrivèrent dans une pièce sombre, éclairée par le
peu de lumière qui y régnait.
- Et maintenant ?
- J’arrive pas à voir on est
où..
- Cher Ellie, Commença-t-il, si CA
c’est un porte manteau, alors je pense qu’on soit dans LES VESTIAIRES.
- J’te conseille de garder ton ironie
pour toi, gros con.
Ellie trouva l’interrupteur, sur lequel elle appuya.
- HAHA ! En plus t’as faux,
c’est là qu’ils traquent leur dossier !
- Mais y a quand même un porte
mant..
Ellie, qui ne l’écoutait plus, ouvrait lentement l’unique porte qui menait à l’intérieur. Une fois qu’elle fut sûre qu’il n’y avait personne, elle s’abandonna dans le
couloir.
- Mais merde, Ellie,
attends-moi !
Celle-ci glissa ses yeux sur le plan de l’immeuble qui était accroché à un des murs, à côté l’alarme à feu.
- D’après ce plan, les cellules se
trouvent.. Damned, faut trouver un ascenseur !
Ils longèrent le petit couloir, jusqu’à l’intervalle de deux chemins opposés.
- Oops.. Ellie, regarde ça…
Celle-ci tourna son regard vers l’endroit visé par Joslin. Un garde était en train de boire son café.
- Ca semble être une cafétéria..
Chuchota le jeune homme.
- Hein hein, t’es hilarant parfois
toi ! J’vois bien c’que c’est, ducon !
- Mais regarde derrière la plante, ce
qu’il y a ! Un ascenseur ! On ne pourra jamais passer devant lui !
Elle redressa lentement sa tête, les yeux rieurs.
- Et derrière lui ?
Sourit-elle.
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